Librairie Baba Yaga

septembre2010

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Le grenier à livres

Vis ma vie de libraire # 1 : idées reçues

Cher Lecteur !

Non, je n’ai pas décidé de lancer un nouveau jeu de télé-réalité, ni d’échanger mon job contre un vulgaire emploi de postière (j’ai rien contre les postiers hein c’est juste pour l’image  )

Suite à Mobylivres qui depuis peu partage le sel de son métier et suite à la suggestion subliminale de Cynthia de faire de même, j’ai décidé de lancer une nouvelle rubrique.
Pour toi Public^^, je vais décrypter ce métier qui me passionne et te fait rêver… et je vais briser l’image enchanteresse que tu t’en fait…. 
Je vais pénétrer dans des réserves obscures et poussièreuses, je vais subir les agressions clientélistes, je vais suer sang et eau pour porter l’offre livresque qui te ravit tant, je…. STOP !!!

Bon et si on brisait certains clichés, pour commencer ?!

1 – Le libraire passe ses journées à lire

Qui dit libraire dit environnement de travail bourré de livres. Et qui dit livres, dit lecture. Ben oui ! Mais en fait, NON !

Sache, cher lecteur, que le libraire n’a pas le temps…
En effet, il doit tout d’abord ranger les livres, trouver de la place, faire des retours, répondre au téléphone, appeler les fournisseurs, rencontrer les représentants, assister aux réunions d’équipe, passer ses commandes de réassort, reclasser ses rayons, renseigner les clients, organiser des opérations commerciales, écrire des billets pour son blog, faire des recherches bibliographiques, … et j’en passe !

Alors NON, le libraire n’a pas vraiment le temps de lire….
Alors il fait comme tout le monde, il lit après le boulot. 

Et quand le moment de libre tant attendu arrive…. sache, cher lecteur, que la majorité des patrons interdit à ses libraires de lire sur la surface de vente.
Et voui ! parce que ça ne fait pas très commercial, ni très dynamique. Que le libraire, on ne le paye pas à rien faire, mais à taffer… Lire, ce n’est pas du travail, c’est bien connu !

Alors, le libraire lecteur, planqué derrière son bureau, doit déployer des techniques furtives, quand les boss arrivent : sortir le marque-page, judicieusement prévu à cet effet ET :

– Faire style de feuilleter l’ouvrage, regarder la quatrième de couverture, histoire de montrer qu’on ne fait que le manipuler pour se faire une idée du livre.
– Se lancer dans une recherche informatique sur le titre, l’auteur, l’éditeur, la collection, …. (rayez la mention inutile), genre je suis en pleine recherche bibliographique.
– Se lever et faire style d’aller reposer le livre, lâchement abandonné par un client.
– Se lancer dans une grande discussion professionnelle avec votre collègue qui, lui aussi, essaie planquer le super roman qu’il aimerait bien finir avant la fermeture…

Pourtant, les clients sont toujours ravis de nous coincer en pleine lecture et engagent d’autant mieux la conversation : « C’est bien ce que vous lisez ? » et là pour vous pouvez partir dans un éloge dythyrambique et votre client repart ravi, un livre sous le bras !
Z’ont rien compris les patrons… 

Aujourd’hui, plus besoin de faire la ninja dans la librairie où je travaille mais je garde tout de même quelques réflexes de culpabilité quand je me met à lire pendant mes heures de travail…

A suivre… :

2 – le libraire est un littéraire qui ne comprend rien aux chiffres
3 – Le libraire n’est pas sportif
4 – Le libraire est un intello coincé
5 – le libraire n’aime pas être dérangé
6 – Le libraire gagne bien sa vie
7 – Le libraire n’aime pas Marc Lévy et Guillaume Musso

Si vous avez d’autres idées reçues sur mon métier, n’hésitez pas à me les soumettre, je me ferais un plaisir d’y répondre !

Marie-Odile, librairie Baba Yaga commente:

Ah! Je me lance! Je suis libraire moi même depuis fort longtemps à Sanary, j’aime beaucoup mon métier mais pour ce qui est de lire tout en travaillant, c’est impossible, je m’accorde quelques pauses entractes, lorsque je reçois des offices (les nouveautés que les libraires reçoivent par leur représentants), les albums pour enfants dont les illustrations me sautent à la figure me forcent carrément à aller voir plus loin, et si le texte n’est pas trop long, je me permets ce divertissement, et si le livre me plait, je peux tout de suite l’installer avec un coup de coeur, il y a deux moments où l’envie d’aller voir plus loin que la quatrième de couverture est irrépressible, les offices et les retours, parce qu’un livre, n’est pas un « produit » comme un autre, et le rejeter est toujours un cas de conscience, c’est là que les blogs des lecteurs-libraires (« les libraires se cachent pour mourir », quel nom magnifique!) et autre grenier du livre m’aident à donner encore leur chance à un livre dormant sur étagère, car lorsque les livres dorment les libraires se meurent!!!

Choco répond:

Quel beau plaidoyer Marie-Odile !! Vous devriez faire un article sur votre site !

Marie-Odile:

Oui, je l’ai déjà suggéré à mon webmaster de neveu!

Je voudrais ausi ajouter qu’à mon avis lire et être disponible à la clientèle passante n’est pas possible, lire c’est quand même s’absenter, et un commerce demande une présence, une présence active même, je n’apprendrais rien à mes collègues libraires qu’on est très mauvais vendeurs lorsqu’on est à moitié là: fatigués, préocupés, débordés.

Bien conseiller quelqu’un c’est d’abord décrypter son désir, ce qui n’est souvent pas une mince affaire, ma première question lorqu’on me demande conseille c’est: « quels sont vos livres préférés? », « qu’aimez vous lire? » et lorsque je m’entends répondre « tout », il s’agit de creuser ce « tout », de le contourner, de l’apprivoiser, il s’agit quand même de s’approcher d’une personne dans ce qu’elle a de très intime et secret, quand l’alchimie fonctionne, quand je saisis ce qui attire mon lecteur ou ma lectrice, que je réponds à son attente, et qu’elle revient en me disant, six mois, un an après, pour les lecteurs vacanciers, « J’ai aimé tout ce que vous m’avez proposé la dernière fois! », et que je la vois partir avec des provisions pour l’hiver, mon coeur se serre, et ma vocation de libraire se trouve récompensée de toutes les avanies …avanies et framboises sont les mamelles du destin!

Choco:

Voilà encore une belle tirade sur le bonheur de notre métier ! Je ne saurais dire mieux !

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