Librairie Baba Yaga

octobre2005

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poigneedetoiles
Ecole des Loisirs coll. Medium, Octobre 2005
Traduit de l’allemand par Bernard Friot

Editeur:

Pendant près de trois ans, le fils d’un boulanger de Damas tient son journal.
Il fait ainsi la chronique d’un vieux quartier de la capitale syrienne, véritable mosaïque de nationalités réunies par les hasards de l’histoire. Il trace aussi le portrait d’une foule de personnages attachants : sa mère, d’abord, à laquelle l’unit une complicité exceptionnelle ; son vieil ami Selim, qui mêle sans cesse dans ses récits le mythe et la réalité ; Nadia, la jeune fille qu’il aime, et bien d’autres encore. Mais surtout, il découvre peu à peu la situation politique de son pays, marquée par l’injustice, l’absence de liberté et la répression de toute opposition.
Pour témoigner de cette réalité – et la dénoncer – il n’a qu’une ambition : devenir journaliste.

Avis:

Voilà un livre à sauver des retours.Ecrit sous forme de journal (les profs de collège en sont parfois demandeurs). C’est un texte sur la Syrie d’aujourd’hui, un état policier qui bâillonne la presse. C’est un livre fort sur cette réalité terrible, les emprisonnements arbitraires, les passages à tabac, le courage du peuple et l’humour pour combattre l’oppression.Un jeune garçon,fils de boulanger, raconte sa vie d’écolier, puis d’apprenti, il nous parle de ses amis, de son amour.Il décide de devenir journaliste, mais son père le retire de l’école.Il tient bon, grâce à des rencontres, à son obstination, à son talent et surtout à l’indéfectible amitié de son oncle,un homme sage et bon.

Etre pauvre et faire partie de la communauté chrétienne en Syrie sont des handicaps lourds,mais la force de vie, les talents de conteur, et de poète permettent au jeune homme d’espérer prendre une place dans son pays.

Article du journal: « Le Monde »
29 août 2005

Une poignée d’étoiles, de Rafik Schami

« Dans les pays arabes, la littérature meurt avant même d’avoir vu le jour. Vous savez pourquoi ? Quand on écrit un roman, la grand-mère, la tante, l’oncle et le chef de famille s’en mêlent, le fanatique religieux, le fonctionnaire militaire, le censeur, le chef du quartier et celui du district ont leur mot à dire. Et c’est comme ça du Maroc à l’Arabie Saoudite. Ce n’est plus de la littérature ! C’est un recueil de censures. Voilà pourquoi on tue la littérature dans l’œuf. Parfois, je me félicite d’être en exil, je me dis que je n’ai pas à me plaindre. Mon exil m’a libéré. J’écris vraiment ce qui me paraît nécessaire. C’est déjà assez dur de construire un roman et de créer tout un univers. Alors si, en plus, il faut composer avec un censeur qui ne comprend rien à la littérature, ça devient impossible. »

Voilà ce que dit Rafik Schami, né en 1946 à Damas (Syrie), parti en exil en Allemagne et auteur de nouvelles, romans et contes pour enfants depuis 1965. L’auteur, étudiant en chimie puis co-fondateur du groupe littéraire Südwind et de l’association Polikunt (deux mouvements engagés pour la littérature venue de l’immigration), on le remarque dans ce livre et dans ses entretiens, est amoureux de sa ville natale, Damas. « Damas n’est pas une ville ni un point de l’atlas, mais un conte qui s’orne de maisons et de rues, d’histoires, d’odeurs et de rumeurs. », dit-il. Et Damas, c’est aussi le lieu de ce roman, Une poignée d’étoiles. Dans ce magnifique livre, à la portée de tous, facile à lire mais tellement fort, le fils d’un boulanger de la capitale syrienne tient son journal pendant près de trois ans.
Le jeune garçon dresse des portraits de ses proches, son père qui ne veut plus entendre parler de l’école, sa mère avec qui il a une certaine complicité, son « oncle Salim », ami aux multiples histoires, ou encore Nadia, la jeune fille qu’il aime… mais Une poignée d’étoiles n’est pas seulement l’histoire d’un enfant. Rafik Schami décrit le vieux quartier de Damas où habite le garçon, un vieux quartier qui voit vivre toutes les cultures et nationalités, et la situation de son pays, la Syrie. Car le narrateur découvre peu à peu, au fil de son journal, l’injustice, la totale absence de liberté et la répression des opposants au régime syrien, qui fonde des gouvernements se succédant, toujours fondés sur la dictature et la corruption.
Avec Une poignée d’étoiles, un vent de liberté souffle sur la Syrie, c’est sans doute l’un des compliments que l’on peut faire à l’auteur. Rafik Schami montre aussi la situation de beaucoup de jeunes dans les pays pauvres et oppressés par un système autoritaire, pour qui le savoir de l’école est la seule chance pour s’en sortir. Le jeune garçon est ainsi tiraillé entre sa passion pour l’école et son père qui veut le voir travailler à la boulangerie. Il écrit des poèmes, et fait une rencontre capitale : Habib, un journaliste.
La liberté est au coeur de ce roman, Une poignée d’étoiles étant aussi une réflexion sur la connaissance, le savoir, la force de l’éducation et des lettres. « Dommage que je ne sache pas écrire. Quand je pense à tout ce que j’ai vécu… Je ne me souviens même plus de ce qui m’empêchait de dormir, des nuits entières, il y a quelques années ». C’est la première phrase du journal. Rafik Schami a écrit ici un très beau roman, fondé sur la jeunesse, l’engagement pour la liberté et le savoir. 

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