Librairie Baba Yaga

août2011

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Parce que parfois la vie de libraire n’est pas facile, parce que parfois on a envie de raler sur les éditeurs… L’écrivain Nicolas Ancion a su résumer tout ça très bien dans un article que je vous recopie dans son intégralité :

 » La rentrée littéraire se prépare dès le printemps, c’est bien connu. Les journalistes et critiques en vue ont reçu leurs exemplaires des romans de la rentrée, les jurés des prix sont déjà courtisés depuis plusieurs semaines. Et, dès l’été, les livres vont débarquer sur les tables des libraires, sans que ceux-ci aient vraiment le choix. La plupart des titres leurs sont envoyés d’office. Une pratique étrange qui permet aux grandes maisons et à leur distributeur de remplacer le libraire pour la commande des livres. En échange de ce « service », les libraires touchent une remise plus importante sur les livres qu’ils achètent ou se voient octroyer des facilités de paiement. L’office est un outil magique pour les éditeurs. Il leur permet de choisir eux-mêmes quels livres arriveront en librairie. Ainsi, les derniers livres totalement inintéressants sur les ministres en campagne, les biographies de stars de la télé et les romans soi-disant écrits par des actrices débarquent de force dans presque toutes les librairies. Cette avalanche de livres non choisis contraint les libraires à leur consacrer un peu de leur précieux temps, ne fut-ce que pour déballer les caisses. Ce temps, ils ne l’auront plus, ensuite, pour ouvrir le premier roman d’un inconnu ou le dernier recueil d’un poète qu’ils apprécient pourtant. Encore moins pour regarder les catalogues des petits éditeurs qui ne figurent pas du tout dans l’office des gros. Les libraires se plaignent souvent de cette situation mais personne ne les aide à résister face à cette malheureuse pratique. C’est pour cette raison que j’ai pris mal plus belle plume, directement arrachée sur mon oie blanche favorite, pour rédiger un modèle de lettre de refus à adresser aux éditeurs par les libraires. Ma lettre est simple et passe-partout, un peu anonyme, certes, mais les éditeurs ont depuis belle lurette appris à abuser de cette plume de bois qui évite de trop en dire… Madame, Monsieur, J’ai bien reçu les ouvrages de votre rentrée littéraire et je vous en remercie. Le comité de lecture de notre librairie s’est penché sur vos différents titres et, malgré les qualités indéniables de fabrication (noter ici quelques arguments flatteurs pour l’éditeur), nous sommes au regret de vous informer que vos livres ne correspondent pas à la ligne éditoriale que défend notre magasin. Ils ne pourront donc trouver place sur nos rayonnages. Ceci n’est en aucun cas un jugement de valeur sur votre travail d’éditeur mais la simple expression d’un choix propre et forcément partial. Nous resterons bien entendu attentifs à vos futures publications. Étant donné le nombre de titres que nous recevons à la librairie, nous ne sommes pas en mesure de renvoyer tous les livres à leur éditeur. Votre caisse de livres a reçu le numéro XXXX. Elle sera conservée en réserve pendant trois semaines à dater de l’envoi de cette lettre. Durant cette période, il vous est loisible de venir la récupérer sur place. Passé ce délai, ces livres seront détruits ou donnés à de bonnes œuvres. Nous vous prions d’agréer, Madame, Monsieur, l’expression de nos salutations respectueuses. Ce modèle est libre de droits, bien entendu, à vous de l’adapter à vos besoins comme il vous chante et de le faire circuler.  »

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