Librairie Baba Yaga

août2010

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Critique envoyée par Fabienne Colas, les allées candides


Acte Sud, Broché, Août 2010

Editeur:

C’est une saison singulière pour Avignon et les amoureux du théâtre : la grève des intermittents paralyse le festival. Un à un les spectacles sont annulés. Les visiteurs déambulent sous un soleil de plomb, à la recherche des rares lieux où joueront quand même quelques comédiens. Comme Mathilde, dite la jogar : devenue célèbre depuis qu’elle a quitté Avignon, elle est enfin de retour dans cette ville où elle a grandi, et pour un rôle magnifique. L’homme qu’elle a tant aimé, et qui l’a tant aimée, Odon Schnadel, a appris sa présence par la rumeur. Lui-même vit ici en permanence, entre sa péniche sur le fleuve et le petit théâtre qu’il dirige. Cette année-là, avec sa compagnie, Odon a pris tous les risques. Il met en scène une pièce d’un auteur inconnu, mort clans des circonstances équivoques : un certain Paul Selliès dont la jeune soeur Marie – une écorchée vive – vient elle aussi d’arriver à Avignon, un peu perdue, pleine d’espérances confuses… ou de questions insidieuses. Car autour de l’oeuvre de Paul Selliès plane un mystère que ces personnages dissimulent ou au contraire effleurent, parfois sans faire exprès, souvent clans la souffrance. Plongée au coeur des passions, des rêves et des mensonges, des retrouvailles sans lendemain, des bonheurs en forme de souvenirs, des amours que l’on quitte, des îles qu’on laisse derrière soi, le nouveau roman de Claudie Gallay noue et dénoue les silences d’un été lourd de secrets.

Avis:

Un nouveau roman de Claudie Gallay, chouette !
Alors que le Festival d’Avignon en 2003 s’enlise dans la grève des intermittents, Mathilde une actrice devenue célèbre retrouve sa ville natale, après dix ans d’absence. Elle y a vécu un amour passionnel avec Odon, un directeur de théâtre. Ce dernier met en scène une pièce d’un auteur inconnu, sorte de poète maudit décédé dans des circonstances obscures… Marie, la sœur de l’auteur arrive en ville et vient trouver le directeur du théâtre auquel son frère avait envoyé plusieurs textes.
Aux côtés de ces trois personnages principaux, vivent tous les autres personnages, secondaires mais tellement importants, tellement touchants… Julie la fille d’Odon actrice dans la pièce de son père, Odile la sœur d’Odon et ses quatre enfants, Isabelle mémoire vivante du festival, Jeff qui rembourse sa dette, le curé, le crapaud Big Mac… Tous ces personnages se rencontrent, se cherchent, se trouvent, s’aiment, se déchirent, se quittent… ou pas !
Retrouve t-on dans ce roman ce qui signe les précédents ouvrages de Claudie Gallay: l’esprit d’un lieu, les amours contrariés, les personnages solitaires et blessés, les secrets de famille et les non-dits, les mystères enfouis au creux de chaque vie ?
Oui, on retrouve tout ça, avec le même plaisir, même si la canicule en Avignon remplace les pluies du Cotentin et que le fleuve vivant remplace l’océan salé. On retrouve tout ça, et on découvre plus encore ! Les questions coulent à flot, se multiplient et se font écho. Sur l’écriture, la création, le bonheur, la révolte, la trahison.
Les chapitres se succèdent, rapides et dynamiques. La forme est « haletante » nous dit l’auteur. C’est une respiration. Alors que dans les déferlantes ont entendait le bruit des vagues sous la plume de Claudie Gallay, dans l’amour est une île on entend le Rhône qui respire difficilement sous la chaleur qui le dessèche. On ne s’attarde pas, on va à l’essentiel… et l’essentiel chez Claudie Gallay est toujours fait de tous ces instants de vie, cette mosaïque de moments. Les phrases sont polies sous la plume, comme des galets par les flots, comme Odon par la vie.
Sur le pont d’Avignon on y danse peut-être, mais dessous coule le Rhône, et avec lui la vie qui va, et ne revient jamais en arrière…

Fabienne Colas, les allées candides

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