Librairie Baba Yaga

mars2010

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Gallimard, Broché , Mars 2010

Editeur:

Le 16 mars 2005, les archives concernant  » L’affaire de l’esclave Furcy  » étaient mises aux enchères, à l’hôtel Drouot. Elles relataient le plus long procès jamais intenté par un esclave à son maître, trente ans avant l’abolition de 1848. Cette centaine de documents – des lettres manuscrites, des comptes rendus d’audience, des plaidoiries – illustrait une période cruciale de l’Histoire. Les archives révélaient un récit extraordinaire : celui de Furcy, un esclave âgé de trente et un ans, qui, un jour d’octobre 1817, dans l’île de la Réunion que l’on appelle alors île Bourbon, décida de se rendre au tribunal d’instance de Saint-Denis pour exiger sa liberté. Après de multiples rebondissements, ce procès, qui a duré vingt-sept ans, a trouvé son dénouement le samedi 23 décembre 1843, à Paris. Malgré un dossier volumineux, et des années de procédures, on ne sait presque rien de Furcy, il n’a laissé aucune trace, ou si peu. J’ai éprouvé le désir – le désir fort, impérieux – de le retrouver et de le comprendre. De l’imaginer aussi.

Prix Renaudot Essai 2010

Avis:

Je dédie cette chronique à notre client Monsieur Corréa, Chantal et moi avons beaucoup d’affection pour lui. Ce Monsieur âgé est un indien de Pondichéry, vivant depuis longtemps en France. Il nous achetait régulièrement des romans indiens, il était très doux, et gentil. Nous n’avons plus de ses nouvelles. J’ai téléphoné aujourd’hui chez lui, son numéro n’est plus attribué. Monsieur Corréa que vous soyez en maison de retraite, à l’hôpital ou décédé, je vous dédie cette chronique, car cette histoire vous aurait touché au coeur.
Il y a d’abord cette très belle couverture: la peinture de James Northcote (1826), Othello, The Moor of Venice. En lisant ce récit, je revenais souvent vers ce regard de souffrance, un air de fierté, de dignité et de douleur. Le bon choix des couvertures de livres, il faudrait en faire une grande bafouille, si j’ai le temps… (A la librairie, quand on se dit que ce serait bien de ranger ceci comme ça, de changer une organisation défaillante, etc.. on dit « A temps perdu » ce qui veut dire que l’on sait que ce sera difficile de trouver un moment pour réaliser ces beaux projets, de temps perdu il n’y en a pas!!) Et donc pour moi l’esclave Furcy de descendance indienne (Des Indes! ce détail a son importance) emprunte le visage de cet homme: Qu’y a-t-il dans ce magnifique tableau: il représente un homme bien habillé, une belle prestance, un fier maintien, et pourtant c’est ce genre d’homme qu’il ne faudrait pas trop secoué car trop de larmes sont retenus au coin de ses yeux!
Ce visage qui, si on s’en réfère au titre du tableau représenterait un Maure, j’y vois Furcy à présent, l’indien de Chandernagor par sa mère.
Pour paraphraser Aragon, cette histoire nous parle d’hommes généreux, honnêtes, ou odieux: ceux qui croyaient à la justice et ceux qui n’y croyaient pas…
Bon je le dis tout de suite c’est un très gros coup de coeur. Qu’est ce qui distingue un bon livre d’un livre excellent? Sa justesse parfaite. On pourrait dire de son auteur qu’il a l’oreille absolue. Ce texte sonne juste du début à la fin. Ce n’est pas un roman, c’est un essai, mais il se lit comme un roman, on sent que l’auteur a été tenté par la fiction; Ce mélange des genres ne rend pas ce travail bancal, au contraire, il en tire une grand force.
C’est l’histoire d’un esclave affranchi de fait et dont la liberté n’a jamais été reconnu. Il se rend au tribunal pour exiger qu’on reconnaisse ses droits. Il va devoir faire face à l’ignominie, la mauvaise foi, aux pouvoirs des grands, mais bien que sa vie soit détruite, il tient bon et attend son heure. Comme le fait remarquer l’auteur, malgré sa victoire finale devant le tribunal il n’accède pas pour autant à la lignée, au nom de famille qu’on se transmet de génération en génération, à l’arbre généalogique à la différence des notables de l’île qui ont tenté de l’écraser.
Mohammed Aïssaoui pour rassembler des renseignements, retrouver des traces de l’enfance de Furcy, des lettres qu’il aurait laissées montre autant de ténacité et d’obstination que l’homme dont il trace le portrait. Il cite (p184) Modiano et son Dora Bruder qui est mon livre préféré de cet auteur à qui j’ai consacré une fiche pour son dernier livre paru « L’horizon ».
« Alors, j’ai voulu rendre un peu justice à Furcy et lui donner corps, si possible. J’ai pensé à ces mots de Jorge Semprun, prononcés à propos de la littérature de déportation, il affirmait: « Sans la fiction, le souvenir périt. « J’ai pensé aussi à un roman de Patrick Modiano qui m’a beaucoup marqué, et que je relis souvent, Dora Bruder, dans cette histoire où l’écrivain part à la recherche d’une jeune juive disparue en 1941, il dit: « Il faut beaucoup de temps pour que resurgisse à la lumière quelque chose qui a été effacé ».
C’est vraiment cela qui donne toute sa force à ce texte, l’auteur en est partie prenante, il se range du côté des justes.

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