Librairie Baba Yaga
  • Incantations
  • février17

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    La servante au grand coeur dont vous étiez jalouse,
    Et qui dort son sommeil sous une humble pelouse,
    Nous devrions pourtant lui porter quelques fleurs.
    Les morts, les pauvres morts, ont de grandes douleurs,
    Et quand octobre souffle, émondeur des vieux arbres,
    Son vent mélancolique à l’entour de leurs marbres,
    Certes, ils doivent trouver les vivants bien ingrats,
    A dormir, comme ils font, chaudement dans leurs draps,
    Tandis que, dévorés de noires songeries,
    Sans compagnon de lit, sans bonnes causeries,
    Vieux squelettes gelés travaillés par le ver,
    Ils sentent s’égoutter les neiges de l’hiver
    Et le siècle couler, sans qu’amis ni famille
    Remplacent les lambeaux qui pendent à leur grille.

    Lorsque la bûche siffle et chante, si le soir,
    Calme, dans le fauteuil je la voyais s’asseoir,
    Si, par une nuit bleue et froide de décembre,
    Je la trouvais tapie en un coin de ma chambre,
    Grave, et venant du fond de son lit éternel
    Couver l’enfant grandi de son oeil maternel,
    Que pourrais-je répondre à cette âme pieuse,
    Voyant tomber des pleurs de sa paupière creuse?

    Baudelaire, Les Fleurs du mal, 1857

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  • janvier10

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    Claude Leveillée, auteur compositeur, interprète québécois, mort en juin 2011.

    J’ai découvert cette chanson, il y a une trentaine d’années interprétée par Jacques Bertin, j’avais un de ses premiers vinyles, très poétique. Je me le passais en boucle. J’ai été triste et émue d’apprendre la mort du créateur de cette chanson.

    FRÉDÉRIC
    Paroles et musique: Claude Léveillée

    Je me fous du monde entier quand Frédéric
    Me rappelle les amours de nos vingt ans
    Nos chagrins, notre chez-soi, sans oublier
    Les copains des perrons, aujourd’hui dispersés aux quatre vents
    On n’était pas des poètes, ni curés, ni malins
    Mais papa nous aimait bien, tu te rappelles, le dimanche,
    Autour de la table, ça riait, discutait pendant que maman nous servait
    Mais après…

    Après la vie t’a bouffé, comme elle bouffe tout le monde
    Aujourd’hui ou plus tard et moi j’ai suivi
    Depuis le temps qu’on rêvait de quitter les vieux meubles
    Depuis le temps qu’on rêvait de se retrouver tout fin seul
    T’as oublié Chopin, moi j’ai fait de mon mieux
    Aujourd’hui tu bois du vin, ça fait plus sérieux
    Le père prend un coup de vieux et tout ça fait des vieux

    Je me fous du monde entier quand Frédéric
    Me rappelle les amours de nos vingt ans
    Nos chagrins, notre chez-soi, sans oublier
    Les copains des perrons, aujourd’hui dispersés aux quatre vents
    On n’était pas des poètes, ni curés, ni malins
    Mais papa nous aimait bien, tu te rappelles, le dimanche,
    Autour de la table, ça riait, discutait pendant que maman nous servait
    Mais après…

    Après ce fut la fête, la plus belle des fêtes
    La fête des amants ne dura qu’un printemps
    Puis l’automne revint, cet automne de la vie
    Adieu bel Arlequin, tu vois qu’on t’a menti
    Croulé les châteaux, adieu nos clairs de lune
    Après tout, faut ce qu’il faut pour s’en tailler une
    Une vie sans argument, une vie de bon vivant

    Je me fous du monde entier quand Frédéric
    Me rappelle les amours de nos vingt ans
    Nos chagrins, notre chez-soi, sans oublier
    Les copains des perrons, aujourd’hui dispersés aux quatre vents
    On n’était pas des poètes, ni curés, ni malins
    Mais papa nous aimait bien, tu te rappelles, le dimanche,
    Autour de la table, ça riait, discutait pendant que maman nous servait

    Tu te rappelles Frédéric? Allez, au revoir!

    Daniel Melingo est argentin. Sa chanson « Sin luna« , magnifique, sa voix cassée, cette mélodie! Et le personnage plein de charme que j’ai découvert sur You tube.

    Et en cherchant sur Internet une interprétation de « Frédéric », le nom de Georges Chelon m’est proposé, chanteur des années 60 comme Claude Léveillée. Auteur,compositeur interprète, lui aussi marque ma jeunesse. Ecoutez « le Père prodigue » et « Le petit chat m’aimait« . Voix chaude et tendre.

    Autre voix splendide, chanteuse oubliée: Eva. Depuis peut You tube offre plusieurs interprétations de ses chansons les plus connus: « Liebelei« , « Le coeur battant« . J’avais un vinyle d’elle!


    Tous ces chanteurs, sauf Leveillée mort il y a quelques mois sont bien vivants et se produisent de ci de là cahin caha!

  • décembre24

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    Les couleurs et les sons se repondent: en naviguant sur internet je rencontre Anastassia Elias: Jour de lessive, je le mets en correspondance avec le poème de Gaston Couté chanté par Loic Lantoine: Ma pauvre mère est en lessive… Maman ton mauvais gars arrive…

    JOUR DE LESSIVE

    Je suis parti ce matin même,
    Encor soûl de la nuit mais pris
    Comme d’écœurement suprême,
    Crachant mes adieux à Paris…
    Et me voilà, ma bonne femme,
    Oui, foutu comme quatre sous…
    Mon linge est sale aussi mon âme…
    Me voilà chez nous !

    Ma pauvre mère est en lessive…
    Maman, Maman,
    Maman, ton mauvais gâs arrive
    Au bon moment !…

    Voici ce linge où goutta maintes
    Et maintes fois un vin amer,
    Où des garces aux lèvres peintes
    Ont torché leurs bouches d’enfer…
    Et voici mon âme, plus grise
    Des mêmes souillures – hélas !
    Que le plastron de ma chemise
    Gris, rose et lilas…

    Au fond du cuvier, où l’on sème,
    Parmi l’eau, la cendre du four,
    Que tout mon linge de bohème
    Repose durant tout un jour…
    Et qu’enfin mon âme, pareille
    A ce déballage attristant,
    Parmi ton âme – à bonne vieille !
    Repose un instant…

    Tout comme le linge confie
    Sa honte à la douceur de l’eau,
    Quand je t’aurai conté ma vie
    Malheureuse d’affreux salaud,
    Ainsi qu’on rince à la fontaine
    Le linge au sortir du cuvier,
    Mère, arrose mon âme en peine
    D’un peu de pitié !

    Et, lorsque tu viendras étendre
    Le linge d’iris parfumé,
    Tout blanc parmi la blancheur tendre
    De la haie où fleurit le Mai,
    Je veux voir mon âme, encor pure
    En dépit de son long sommeil
    Dans la douleur et dans l’ordure,
    Revivre au Soleil !…

    Clip expérimental : 8mm, grattage sur pellicule, vidéo, sur une chanson de Loïc Lantoine : "Jour de Lessive", extrait de l’album "Tout est calme". Auteur: Gaston Couté – Compositeur: Gil Barouk
    Montage: Myriam Van Agt

  • septembre24

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    Entendu cette belle chanson sur France Culture: belle chanson, émouvante et en Russie on écrase les mains d’un journaliste après l’avoir tabassé.


    Les bohémiens

    Si quelqu’un s’inquiète de notre absence,
    Dites-lui qu’on a été jeté
    Du ciel et de la lumière,
    Nous les seigneurs de ce vaste univers

    Ils ont laissé leurs chaussures
    Au bas des murs
    baxtalo les autres
    Les bohémiens, les bohémiens,
    Nous les seigneurs de l’univers

    Si quelqu’un s’inquiète de notre absence,
    Dites-lui qu’on a été jeté
    Du ciel et de la lumière,
    Nous les seigneurs du vaste univers

    Hier, demain, n’existe pas
    deja la deja la
    Ni les anges, ni Dieu, n’existent plus

    Si quelqu’un s’inquiète de notre absence,
    Dites-lui qu’on a été jeté
    Du ciel et de la lumière,
    Nous les seigneurs du vaste univers

    A force de xxxx
    Ils sont partis pieds nus là-bas,
    Là où les anges, les dieux n’existent plus

    Si quelqu’un s’inquiète de notre absence,
    Dites-lui qu’on a été jeté
    Du ciel et de la lumière,
    Nous les seigneurs de ce vaste univers »

    Catherine Ringer pour le film Liberté de Tony Gatlif

  • juin22

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    Voici au fil de l’été quelques chansons à vivre! (comme on dit des chansons à boire!):

    **********

    La premiere d’entre-elles pourrait être le texte d’Aragon mis en musique par Hélène Martin: "Maintenant que la jeunesse"

    Maintenant que la jeunesse
    s’éteint aux carreaux bleuis
    maintenant que la jeunesse
    machinale, m’a trahi
    maintenant que la jeunesse
    tu t’en souviens, souviens-t’en
    maintenant que la jeunesse
    chante à d’autres le printemps
    maintenant que la jeunesse
    détourne ses yeux lilas

    maintenant que la jeunesse
    n’est plus ici n’est plus là
    maintenant que la jeunesse
    sur d’autres chemins légers
    maintenant que la jeunesse
    suit un nuage étranger
    maintenant que la jeunesse
    a fui, voleur généreux,
    me laissant mon droit d’ainesse
    et l’argent de mes cheveux

    il fait beau, à n’y pas croire
    il fait beau, comme jamais
    quel temps, quel temps sans mémoire
    on ne sait plus comment voir
    ni se lever ni s’asseoir
    il fait beau comme jamais
    c’est un temps contre nature
    comme le ciel des peintures
    comme l’oubli des tortures
    il fait beau comme jamais

    frais comme l’eau dessous la rame
    un temps fort, comme une femme,
    un temps à damner son âme,
    il fait beau comme jamais
    un temps à rire et courir
    un temps à ne pas mourir
    un temps à craindre le pire
    il fait beau comme jamais

    **********

    Un deuxième poème "Est-ce ainsi que les hommes vivent?" toujours d’Aragon et cette fois c’est Léo Férré qui met en musique et chante:

    Tout est affaire de décor
    Changer de lit changer de corps
    A quoi bon puisque c’est encore
    Moi qui moi-même me trahis
    Moi qui me traîne et m’éparpille
    Et mon ombre se déshabille
    Dans les bras semblables des filles
    Où j’ai cru trouver un pays.

    Cœur léger cœur changeant cœur lourd
    Le temps de rêver est bien court
    Que faut-il faire de mes jours
    Que faut-il faire de mes nuits
    Je n’avais amour ni demeure
    Nulle part où je vive ou meure
    Je passais comme la rumeur
    Je m’endormais comme le bruit.

    [Refrain] :
    Est-ce ainsi que les hommes vivent
    Et leurs baisers au loin les suivent.

    C’était un temps déraisonnable
    On avait mis les morts à table
    On faisait des châteaux de sable
    On prenait les loups pour des chiens
    Tout changeait de pôle et d’épaule
    La pièce était-elle ou non drôle
    Moi si j’y tenais mal mon rôle
    C’était de n’y comprendre rien

    Dans le quartier Hohenzollern
    Entre la Sarre et les casernes
    Comme les fleurs de la luzerne
    Fleurissaient les seins de Lola
    Elle avait un cœur d’hirondelle
    Sur le canapé du bordel
    Je venais m’allonger près d’elle
    Dans les hoquets du pianola.

    [Refrain]

    Le ciel était gris de nuages
    Il y volait des oies sauvages
    Qui criaient la mort au passage
    Au-dessus des maisons des quais
    Je les voyais par la fenêtre
    Leur chant triste entrait dans mon être
    Et je croyais y reconnaître
    Du Rainer Maria Rilke.

    Elle était brune elle était blanche
    Ses cheveux tombaient sur ses hanches
    Et la semaine et le dimanche
    Elle ouvrait à tous ses bras nus
    Elle avait des yeux de faïence
    Elle travaillait avec vaillance
    Pour un artilleur de Mayence
    Qui n’en est jamais revenu.

    [Refrain]

    Il est d’autres soldats en ville
    Et la nuit montent les civils
    Remets du rimmel à tes cils
    Lola qui t’en iras bientôt
    Encore un verre de liqueur
    Ce fut en avril à cinq heures
    Au petit jour que dans ton cœur
    Un dragon plongea son couteau

    **********

    Un homme et un chanteur à écouter (invité le 22 07 2011 par Laure Adler dans l’ émission "Hors Champs" sur France Culture ). Quelles chansons à offrir?…El Lagarto Esta Llorando

    La lagarta esta llorando
    el lagarto y la lagarta
    con delantalitos blancos

    han perdido sin querer
    el lagarto y la lagarta
    han perdido sin querer
    su anillo de desposados

    ay ! su anillito de plomo
    ay ! su anillito plomado
    ay !

    miradlos que viejos son
    que viejos son los lagartos (bis)

    ay ! como lloran y lloran
    como lloran los lagartos
    ay ! como lloran y lloran
    ay ! ay ! como estan llorando

    **********

    et "Palabras para Julia".

    ú no puedes volver atrás
    Porque la vida ya te empuja
    Con un aullido interminable,
    Interminable…

    Te sentirás acorralada
    Te sentirás perdida o sola
    Tal vez querrás no haber nacido,
    No haber nacido…

    Pero tú siempre acuérdate
    De lo que un día yo escribí
    Pensando en ti, pensando en ti,
    Como ahora pienso…

    La vida es bella ya verás,
    Como a pesar de los pesares,
    Tendrás amigos, tendrás amor,
    Tendrás amigos…

    Un hombre solo, una mujer,
    Así tomados de uno en uno,
    Son como polvo, no son nada,
    No son nada…

    Entonces siempre acuérdate
    De lo que un día yo escribí
    Pensando en ti, pensando en ti,
    Como ahora pienso…

    Nunca te entregues ni te apartes
    Junto al camino nunca digas
    No puedo más y aquí me quedo,
    Y aquí me quedo…

    La vida es bella ya verás
    Como a pesar de los pesares
    Tendrás amigos, tendrás amor,
    Tendrás amigos…

    Entonces siempre acuérdate
    De lo que un día yo escribí
    Pensando en ti, pensando en ti,
    Como ahora pienso…

     

    **********

    Et en écho la magnifique chanson de Violetta Parra: « Gracias a la vida »

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me dio dos luceros
    que cuando los abro
    perfecto distingo
    lo negro del blanco,
    y en el alto cielo
    su fondo estrellado,
    y en las multitudes
    al hombre que yo amo.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me ha dado el oído
    que en todo su ancho
    graba, noche y día,
    grillos y canarios,
    martillos, turbinas,
    ladridos, chubascos.
    y la voz tan tierna
    de mi bienamado.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me ha dado el sonido
    y el abecedario.
    Con él, las palabras
    que pienso y declaro:
    "madre", "amigo", "hermano",
    y "luz", alumbrando
    la ruta del alma
    del que estoy amando.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me ha dado la marcha
    de mis pies cansados.
    Con ellos anduve
    ciudades y charcos,
    playas y desiertos,
    montañas y llanos,
    y la casa tuya,
    tu calle y tu patio.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me dio el corazón,
    que agita su marco
    cuando miro el fruto
    del cerebro humano,
    cuando miro al bueno
    tan lejos del malo,
    cuando miro el fondo
    te tus ojos claros.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto;
    me ha dado la risa
    y me ha dado el llanto.
    Así yo distingo
    dicha de quebranto,
    los dos materiales
    que forman mi canto;
    y el canto de ustedes,
    que es el mismo canto;
    y el canto de todos,
    que es mi propio canto.

    Gracias a la vida,
    que me ha dado tanto.