Librairie Baba Yaga
  • Enchantements
  • février17

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    Vertige Graphic, 10 tomes, série complète.
    A connu plusieurs rééditions.
    La série en poche a été éditée entre octobre 2007 à juin 2011

    J’ai découvert ce manga grâce à un client. C’est un témoignage extraordinaire sur la vie d’une famille à Hiroshima avant, pendant et après la bombe. On ne peut pas le conseiller à tout le monde, l’horreur y est montré sans fioritures, toute nue et hurlante. Ces scènes redoutables de l’effet de la bombe sont rendues supportables à nos yeux de lecteur par le courage, la ténacité,l’obstination, l’intelligence de Gen, personnage principale. Ce manga est autobiographique: nous regardons avec les yeux de l’auteur dessinateur la vie des Japonais pendant la guerre, la haine des Américains, tout y est décrit avec une précision passionnante.

    Je ne peux que recommander chaudement « Gen d’Hiroshima » qu’on a pu comparer avec raison au « Maus » de Spiegelman.
    Il y a une critique violente des militaires japonais qui ont poussé le Japon à la guerre, puis des américains devenus occupants, une fois le pays vaincu.
    Il y aurait tant et tant à dire: Gen et ses camarades entonnent pour se donner du courage des comptines récurrentes tout au long du texte, et Gen se répète les phrases de son père pacifiste et révolté: « Soyez comme ce blé, fort, même si vous vous faites piétiner… ».

    Vous aimerez « Maus » de Spiegelman et les peintures de Zoran Music.

  • janvier17

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    Picquier poche, Janvier 2012 (1ère parution chez Picquier, Janvier 2005)

    Cela fait longtemps que je voulais lire ce texte, sa parution en poche m’en donne l’occasion. Plusieurs clients m’en avaient parlé, dont une femme qui est venue plusieurs fois m’en acheter et me dire combien elle l’aimait.
    Dès les premières pages, je me suis sentie chez moi, j’ai suivi pas à pas la vie de cette jeune épousée chinoise partie à la recherche de son mari disparu dans un Tibet très lointain et dangereux.
    L’histoire se déroule sur plusieurs décennies; Mais à l’inverse de ces livres que j’ai énormément aimés, comme « La saga de Youza » de Baltouchis, ou plus récemment « Niki l’histoire d’un chien » de Tibor Déry, la grande Histoire ne s’infiltre pas dans la petite histoire des personnages centraux du roman. Elle est maintenue à l’écart, forcée presque de se taire, éloignée au tout dernier plan.
    C’est pourtant bien la grande Histoire qui va mener loin de la Chine le mari de Wen, médecin comme elle: il s’engage dans l’armée de conquête du Tibet qui cache bien son nom: « armée de libération » Il part avec de grands idéaux, le désir de soigner, d’aider.
    Peu après l’armée annonce à Wen la mort de son mari. Elle refuse de le croire, s’engage elle même, et part, afin de le rejoindre. Alors que tous la dissuadent, elle embarque sans faillir dans une aventure extrêmement risquée.
    Il est intéressant de constater que dans ce roman La chine, puissance colonialiste ne peut entamer véritablement l’âme d’un peuple fort et courageux.
    page 174 : »Wen…avait appris à renoncer à ses désirs-à laisser les choses suivre leur cours. »
    page177: « Wen a baissé les yeux sur ses vêtement élimés, déteints. Si elle n’était plus chinoise qui était-elle?Mais peut-être cette question n’avait pas d’importance. L’important c’était que son âme était née.Wang Liang avait eu raison :rester en vie était une victoire en soi »

    Facilité de lecture:Aisée.

  • février1

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    La fosse aux ours, Broché, Février 2010

    Editeur:

    " À l’école primaire, quand j’avais sept ans, il m’est arrivé un incident étrange. À la suite d’une insolation, j’ai perdu la mémoire. Je suis resté pendant six mois en état de choc, ne me souvenant plus que d’une grande lumière, puis je suis brusquement redevenu normal. Pendant toute cette période, on m’avait mis dans une section spéciale de mon école, réservée aux élèves déficients mentaux. Nous étions huit, et devions porter un uniforme noir, alors que les élèves normaux étaient habillés en blanc. Quand je me suis comme réveillé, on m’a redonné l’uniforme blanc, et les élèves considérés comme débiles m’ont demandé : "Mais qu’est-ce que tu fais là, habillé en blanc comme tous ces cons ?" " Hugo Pratt, Le Désir d’être inutile. Sébastien portait un uniforme noir.

    Avis:

    Facilité de lecture: aisé

    Très gros coup de cœur! Coup de poing!

    Ecriture limpide. C’est un jeune garçon qui parle, qui raconte sa vie. Il est dans un commissariat. Il y a donc un problème. Lequel?


    C’est un enfant à part, invisible. Il a des parents commerçants qui ne l’aiment pas. Son seul point d’attache, c’est son grand-père, la seule personne à qui il fait toute confiance, et qui ne le considère pas comme un demeuré. Le grand-père est dans un fauteuil roulant à la suite d’un accident. C’est un ancien combattant de la guerre d’Algérie qui porte fièrement le drapeau le jour des commémorations.


    Sébastien est abandonné par ses parents dans une institution pour les « fous ». Il passe tous ses weekends et ses vacances chez ses grand-parents.

    On s’aperçoit au fil du récit que cet enfant a un grand sens de la justice. Il est toujours en silence, il semble ne rien voir, mais tout ce qui sonne faux, toute lâcheté, toute injustice le marque et le révolte.

    Son grand-père lui propose de l’emmener à la capitale pour retrouver ses copains, anciens de la guerre d’Algérie. Et c’est là que tout bascule.

    Le récit assez court est conduit de façon magistrale. C’est un texte d’une grande sensibilité. Mon deuxième énorme coup de cœur du mois après Trèfle bleu.

    Voici quelques extraits qui montreront la richesse de l’écriture, la beauté du phrasé:

    - »Je crois que c’est au début du mois de mai, cette année-là, que ç’a commencé à mal finir » (p15)


    - »Sur la cuisinière,grand-mère avait jeté quelques pelures d’oranges et ça sentait la douceur.
    On ne s’était pas encore dit un mot.
    On s’était juste fait les gestes importants. » (p44)


    - »Vingt ans,c’est jeune pour devenir vieux.
    Jusque-là, ils avaient raconté un peu n’importe quoi sur leur vie, leur boulot ou leur famille. Je ne faisais plus trop attention et je regardais le paysage de l’autre côté de la vitre.

    Mais là,j’ai pensé qu’ils parlaient vraiment de leur guerre, en gros,comme ça, des souvenirs gris. Très gris. » (p123)