Librairie Baba Yaga
  • Roman
  • janvier17

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    Picquier poche, Janvier 2012 (1ère parution chez Picquier, Janvier 2005)

    Cela fait longtemps que je voulais lire ce texte, sa parution en poche m’en donne l’occasion. Plusieurs clients m’en avaient parlé, dont une femme qui est venue plusieurs fois m’en acheter et me dire combien elle l’aimait.
    Dès les premières pages, je me suis sentie chez moi, j’ai suivi pas à pas la vie de cette jeune épousée chinoise partie à la recherche de son mari disparu dans un Tibet très lointain et dangereux.
    L’histoire se déroule sur plusieurs décennies; Mais à l’inverse de ces livres que j’ai énormément aimés, comme « La saga de Youza » de Baltouchis, ou plus récemment « Niki l’histoire d’un chien » de Tibor Déry, la grande Histoire ne s’infiltre pas dans la petite histoire des personnages centraux du roman. Elle est maintenue à l’écart, forcée presque de se taire, éloignée au tout dernier plan.
    C’est pourtant bien la grande Histoire qui va mener loin de la Chine le mari de Wen, médecin comme elle: il s’engage dans l’armée de conquête du Tibet qui cache bien son nom: « armée de libération » Il part avec de grands idéaux, le désir de soigner, d’aider.
    Peu après l’armée annonce à Wen la mort de son mari. Elle refuse de le croire, s’engage elle même, et part, afin de le rejoindre. Alors que tous la dissuadent, elle embarque sans faillir dans une aventure extrêmement risquée.
    Il est intéressant de constater que dans ce roman La chine, puissance colonialiste ne peut entamer véritablement l’âme d’un peuple fort et courageux.
    page 174 : »Wen…avait appris à renoncer à ses désirs-à laisser les choses suivre leur cours. »
    page177: « Wen a baissé les yeux sur ses vêtement élimés, déteints. Si elle n’était plus chinoise qui était-elle?Mais peut-être cette question n’avait pas d’importance. L’important c’était que son âme était née.Wang Liang avait eu raison :rester en vie était une victoire en soi »

    Facilité de lecture:Aisée.

  • août11

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    Les Grandes Personnes – Août 2011
    Traduit de l’anglais (Australie) par Valérie Le Plouhinec

    Roman étrange et envoûtant, grande qualité littéraire (félicitons à la traductrice Valérie Le Plouhinec)

    L’histoire est racontée par une petite fille, Harper, avec toute sa subjectivité, naïveté et courage, les personnages évoluent et révèlent peu à peu leur vrai caractère, leur aptitude à réagir et à s’adapter. Nous sommes dans les années 1920, le père ancien combattant de la guerre de 1914 se montre peu apte à faire vivre sa famille. La crise de 29 se profile puis éclate. Famille nombreuse pauvre, humilié et traqué par le riche fermier du coin, la famille subsiste aidée par le voisinage.

    L’originalité et l’aspect fantastique de ce conte est incarné par le petit frère de la narratrice: Tin qui ne se trouve jamais mieux que sous la terre, creusant galeries sur galeries, s’isolant complètement de sa famille jusqu’à devenir comme un animal sauvage.

    Cet enfant sous la terre qu’on ne voit ni n’entend, mais que la narratrice perçoit, est présent tout le long du livre. C’est lui qui va infléchir plusieurs fois le cours de leur vie.

    Vrai texte littéraire pour la jeunesse, à conseiller aux adultes aussi.

    ?

    « Le monde dans lequel on vit à neuf ans n’est pas celui où évoluent les autres. Ma maison était mon empire, le seul endroit qui comptait, et jamais je n’en imaginais d’autres au-delà de l’horizon ; c’est pourquoi, vers la fin de cette année-là, je ne saisis pas pourquoi Pa et Ma parurent si inquiets le jour où Billy Godwin, de retour de la ville, leur annonça que la Bourse s’était effondrée, qu’il y avait trop de charbon et que les cours du blé et de la laine étaient en chute libre, alors que nous n’en avions jamais eu. Les prix de la laine et du blé ne nous concernaient pas non plus, puisque nous élevions des vaches. A mes yeux, tout allait bien. » (p. 82)

  • avril27

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    Edition Métaillié, Avril 2011, Traduit de l’espagnol par Myriam Chirousse

    Editeur:

    Brusquement tirée de l’orphelinat, une fillette se retrouve dans un quartier populaire agité, au sein d’une famille de saltimbanques, sous la protection de sa grand-mère dona Barbara, une forte femme. Elle va désormais vivre en compagnie d’Amanda, sa tante soumise à un mari égoïste et tyrannique, de Chico, son cousin taciturne et observateur attentif de la vie du quartier, et surtout de la naine Airelai, incarnation de la magie et de l’imagination dans ce contexte difficile et marginal. Tous attendent le retour de Maximo, le père, admiré de tous, symbole de libération. L’enfant échappe à la cruauté et à la dureté du réel en posant sur lui un regard neuf nourri de fantaisie et de rêve, et en se construisant un monde imaginaire, où tout prend des couleurs et des dimensions hors du commun. Rosa Montero est non seulement une narratrice qui construit des intrigues solides, mais elle sait aussi les situer dans un monde insolite et foisonnant qui lui appartient en propre. Elle nous parle ici de ce que nous avons en nous sans avoir eu à le conquérir : la sagesse de l’enfance, ce temps de solitude qui est le ferment nécessaire de la liberté.

    Avis:

    Une fillette observe les personnages hauts en couleur qui l’entourent et nous conte son apprentissage de la vie dans sa noirceur et sa magie. Une écriture flamboyante. « Ce que je vais raconter, j’en ai été témoin: la trahison de la naine, l’assassinat de Segundo, la venue de l’Etoile »

    Le lecteur qui découvre cette première phrase se trouve d’emblé embarqué dans une écriture où violence et mystère se côtoient. Relire ces paroles énigmatiques une fois le roman achevé est un pur bonheur! C’était donc ça! Comme ces mots pèsent lourd et prennent tout leur sens! La narratrice est une petite fille. Elle commence son histoire lorsque sa famille l’accueille après des années passées à l’orphelinat: une grand-mère excentrique à la forte personnalité, un oncle (Segundo) violent qui bat sa femme et son fils, tous deux pâles et soumis, et la naine, qui répond au doux nom d’Airelai, personnage magnifique, une amoureuse, une courageuse, une héroïne » comme les héros que nous sommes de la narration de nos vies. « La fillette vit dans l’attente du retour de son père. Elle est forte, décidée, suit la naine dans des opérations de sorcellerie périlleuse, part à l’aventure dans son quartier mal famé. Secrets et légendes, entretenues par Airelai, enveloppent cette famille. Secrets de famille se trouveront peu à peu élucidés pour nous mener vers un bouquet final grandiose et déchirant!

  • avril17

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    Sabine Wespieser, Avril 2011, Traduit de l’anglais(Irlande) par Jacqueline Odin

    Editeur:

    Dans la chaleur de l’été, un père conduit sa fille dans une ferme du Wexford, au fond de l’Irlande
    rurale. Bien qu’elle ait pour tout bagage les vêtements qu’elle porte, son séjour chez les Kinsella,
    des amis de ses parents, semble devoir durer. Sa mère est à nouveau enceinte, et il s’agit de la
    soulager jusqu’à l’arrivée du nouvel enfant. Au fil des jours, puis des mois, la jeune narratrice apprivoise cet endroit singulier, où la végétation est étonnamment luxuriante, les bêtes grasses et les sources jaillissantes. Livrée à elle-même au milieu d’adultes qui ne la traitent pas comme une enfant, elle apprend à connaître, au gré des veillées, des parties de cartes et des travaux quotidiens, ce couple de fermiers taciturnes qui pourtant l’entourent de leur bienveillance. Pour elle qui n’a connu que l’indifférence de ses parents dans une fratrie nombreuse, la vie prend une nouvelle dimension. Elle apprend à jouir du temps et de l’espace, et s’épanouit dans l’affection de cette nouvelle famille qui semble ne pas avoir de secrets. Certains détails malgré tout l’intriguent : les habits dont elle se voit affublée, la réaction de Mr Kinsella quand il les découvre sur elle, l’attitude de Mrs Kinsella lors de leurs rares sorties à la ville voisine…

    Avis:

    Oh! comme cette nouvelle est gonflée de silence assourdissant!

    Voilà une petite fille qu’on dépose comme un paquet encombrant chez des amis le temps de l’accouchement de la mère. Une petite fille qui, le temps d’un été, aiguise son intelligence et sa sensibilité au contact d’un nouveau mode de vie.

    Page 17: « Je me demande pourquoi mon père ment sur le foin. Il a tendance à mentir sur des choses qui seraient bien si elles étaient vraies. »

    Une histoire sur les mensonges, les silences, des vérités, des contre-vérités, où ce qui est dit parfois peut-être contredit sans que l’on puisse parler de mensonge, simplement d’impossibilité à dire, de trou de langage.

    Page 29: « Là où il y a un secret il y a de la honte, et nous n’avons pas besoin de honte »

    La littérature irlandaise est décidemment pleine de ces textes forts et brulants. Je pense à John McGahern dont j’ai lu la plupart des livres depuis que j’ai découvert: « L’obscur » (grâce à Michel Polac). Mac Gahern a écrit lui aussi de nombreuses nouvelles (« Les huitres de Tchékhov », « Les créatures de la terre ») qui, comme ce texte, sont situées dans une campagne irlandaise renfermée sur ses traditions et sa pauvreté. La plupart de ses textes sont hélas épuisés.

  • janvier27

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    Fayard, broché, Janvier 2011

    Editeur:

    Un jour, les révolutionnaires sont fatigués. Gioachino, ouvrier métallurgiste, s’est battu dans la Résistance en Italie. En 1946-1947, il voulait continuer la guerre civile contre la bourgeoisie. Mais brusquement, il renonce et conduit femme et enfants en France, au bocage.
    Giovan avait sept ans quand son père l’a arraché aux Pouilles, à la langue italienne. Cinq ans plus tard, il ne comprend toujours pas ce départ précipité. Inlassablement, il questionne, il interroge autour de lui : les ouvriers de l’usine où travaille son père, les cheminots rouges. Mais personne ne répond, il ne récolte que des fragments de l’histoire paternelle et de nouveaux mystères. Son frère aîné, Pietro, lui, cherche ailleurs, dans la littérature révolutionnaire et l’Histoire, ce que ce père refuse de leur transmettre. Pourtant, un matin de 1968, quand les ouvriers occupent l’usine, Gioachino doit bien redescendre dans l’arène. Giovan et Pietro vont-ils enfin voir la légende des révolutions reprendre son cours ?
    Parce que la langue des révolutions est celle de l’adolescence de l’âme, c’était à un enfant qu’il revenait de chanter le long poème des insurrections manquées de France et d’Italie, et d’évoquer la mystérieuse transmission de la violence révolutionnaire.

    Avis:

    Voici un livre envoyé par le magazine « Page » qui a le mérite de me faire découvrir des auteurs hors grand battage médiatique et que je n’avais jamais lus. 
    J’avais ainsi été très impressionnée par le texte d’Alain Monnier: « Je vous raconterai ». Son originalité, sa force…
    Le narrateur est un jeune garçon, Giovan, un petit italien exilé de ses Pouilles natales, malhabile et solitaire. Il est hanté par une seule question obsédante: pourquoi le Père a-t-il quitté les Pouilles, puisqu’on ne veut rien lui expliquer, y-a-t-il un secret dont il doive avoir honte? Car le Père n’a rien dit et tout semble obscur et angoissant: « Depuis qu’on a laissé Foggia, je ne connais que deux âges: le vieux temps avec les cousins déchainés, le ballon qui tape au trottoir, la foule qui bouscule, braille, la mer qui monte si vite le dimanche au bout de la route déserte, surchauffée. Et maintenant l’âge dernier, éteint, le silence des nuits, les arbres à brume, le ciel à pluie, à crachin. »
    Le Père, ouvrier métallurgique, est un ancien résistant, un combattant italien, un communiste de la première heure, on le respecte. Mais arrivé en France, il devient celui pour qui le beau langage, les justes tournures de la langue française restent enviables et inaccessibles. Le fils espère voir son père prendre sa place parmi ses camarades ouvriers, c’est alors que le printemps 68 pointe le bout de son nez, le Père est alors recherché pour son expérience.
    Le fils qui a un grand besoin de reconnaissance au nom du Père, exulte au rythme de ce mouvement révolutionnaire.
    Jean Védrines peint dans une belle langue imagée le monde étrange que doit décrypter jour après jour le jeune Giovan, le monde des adultes qu’il observe avec acuité, et la belle nature qui l’entoure, une nature brut que l’ainé connait comme sa poche et lui restitue dans toute sa poésie. Page 249: « D’un coup je la vois, la rivière! Grâce aux mots du frère, à leur morsure, la voilà qui coule au plus resserré de la gorge, ondule sans un bruit, un éclat d’eau noire, une bête longue et souple.
    Comme le « Sébastien » de Jean-Pierre Spilmont que l’on prend pour un demeuré, Giovan ressent avec une grande acuité ce qui se trame dans le coeur des hommes entre les silences et les peurs. Page 247: « J’ai peur soudain, comme à chaque fois qu’il se lance dans des phrases à reproches, veut parler violent, cassant. J’ai peur parce que je ne comprends pas, n’entends rien à ces bouts de phrases, ni la mocheté, ni la brune… Le frère, il est particulier (…) dés qu’il ouvre la bouche pour des vacheries, il fait venir des mots crachés, des éclats de voix qu’il est le seul à saisir, lui… Et avec ces hurlades, ces phrases tronquées, monte en moi la peur d’être toujours l’imbécile, le petit qui ne comprend rien, qui doit juste se terrer, se recroqueviller pour écouter. »
    Je pense à Giono à son invention de langage, à ses images: Dans « le Chant du Monde » par exemple, au tout début: « La nuit. Le fleuve roulait à coups d’épaules à travers la forêt. » Et un peu plus loin (p. 411 dans la Pléiade): « Le courant portait dru. Il n’y avait plus à craindre les souches et les hauts-fonds. On était sur le gras de l’eau. »
    Un roman très riche, à lire et relire.